Un mois ou deux mois : le délai dépend de l'état des lieux
La règle est fixée par la loi du 6 juillet 1989, modifiée par la loi ALUR de 2014, et elle ne laisse aucune place à l'interprétation. Le propriétaire dispose de :
- Un mois maximum lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée, c'est-à-dire quand aucune dégradation imputable au locataire n'est constatée ;
- Deux mois maximum lorsque l'état des lieux de sortie révèle des différences avec celui d'entrée, ce délai supplémentaire lui servant à chiffrer les réparations.
Ces délais s'appliquent de la même manière en location vide et en location meublée, en résidence principale. Ils sont d'ordre public : une clause du bail qui prévoirait trois mois, ou qui conditionnerait la restitution à la régularisation complète des charges, serait tout simplement réputée non écrite.
Un point souvent mal compris : le délai de deux mois n'est pas un droit acquis dès qu'il existe la moindre remarque sur le document. Il faut de vraies différences entre les deux états des lieux. Si le bailleur note « logement en bon état » et invoque ensuite deux mois « par principe », il se place hors des clous, et prend le risque de la majoration décrite plus bas.
Le délai de restitution en un coup d'œil
Le dépôt de garantie ne peut par ailleurs jamais dépasser un mois de loyer hors charges en location vide, ni deux mois en location meublée.
| Situation à la sortie | Délai maximum | Point de départ |
|---|---|---|
| État des lieux de sortie conforme à celui d'entrée | 1 mois | Remise des clés |
| Différences constatées entre les deux états des lieux | 2 mois | Remise des clés |
| Aucun état des lieux d'entrée n'a été réalisé | 1 mois | Remise des clés (le logement est présumé en bon état) |
| Immeuble collectif, charges non encore régularisées | 1 ou 2 mois pour le solde, provision de 20 % max conservée | Remise des clés, puis 1 mois après l'arrêté des comptes |
| Retenues effectuées sans justificatif transmis | Le délai reste le même | Le locataire peut contester et réclamer la totalité |
Le dépôt de garantie est facultatif : s'il n'en a pas été versé au départ, il n'y a évidemment rien à restituer.
Quand le compteur démarre exactement
C'est le point qui provoque le plus de malentendus. Le délai ne démarre ni à la date de votre lettre de préavis, ni à la fin du bail, ni le jour de l'état des lieux de sortie, mais le jour de la remise des clés au propriétaire ou à son mandataire, généralement l'agence immobilière.
En pratique, l'état des lieux de sortie et la remise des clés ont souvent lieu le même jour, et la question ne se pose pas. Mais si vous avez fait l'état des lieux le 5 et rendu le trousseau le 20, c'est bien le 20 qui compte. D'où l'intérêt de rendre les clés de façon traçable : en main propre contre récépissé daté, ou par lettre recommandée avec accusé de réception. Un simple dépôt dans la boîte aux lettres de l'agence ne vous laisse aucune preuve du jour où le compteur a démarré.
Deuxième réflexe indispensable : communiquer votre nouvelle adresse par écrit. Le propriétaire ne peut évidemment pas vous envoyer un chèque à une adresse qu'il ignore, et l'absence d'adresse de réexpédition est l'excuse la plus fréquemment avancée pour justifier un retard. Notez-la directement sur l'état des lieux de sortie, ou envoyez-la par courrier recommandé, et privilégiez un virement bancaire plutôt qu'un chèque : c'est plus rapide et cela laisse une trace des deux côtés. Ces petites précautions font partie de la même logistique de fin de bail qu'il faut anticiper quand on organise son déménagement.
Ce qu'il n'a pas le droit de retenir
La ligne de partage tient en un mot : la vétusté. L'usure qui résulte du simple écoulement du temps et d'un usage normal du logement est à la charge du propriétaire, pas du locataire. Une peinture qui a jauni après six ans d'occupation, une moquette élimée dans le couloir, un joint de baignoire fatigué, des traces d'accrochage de cadres au mur : tout cela relève de l'entretien normal du bien, et ne peut pas vous être facturé.
Certains baux annexent une grille de vétusté, qui fixe pour chaque élément une durée de vie théorique et un abattement annuel. Cette grille, prévue par un décret de 2016, est très favorable au locataire quand elle existe : même si vous avez réellement abîmé un revêtement, l'indemnisation sera réduite proportionnellement à l'âge de l'élément. Un parquet de dix ans dont la durée de vie théorique est de quinze ans ne pourra vous être facturé qu'à hauteur d'une fraction de sa valeur.
Sont également irrecevables : les retenues sans aucun justificatif, les factures de nettoyage général quand le logement a été rendu propre, les travaux d'embellissement décidés par le bailleur pour relouer plus cher, et les sommes déduites au titre de charges qui ne sont pas récupérables sur le locataire. Enfin, le propriétaire ne peut pas retenir le dépôt au motif que la résiliation de votre assurance habitation ou une autre formalité administrative n'aurait pas été effectuée : ce sont deux sujets distincts.
Vétusté ou dégradation ? La question qui décide de tout
En cas de désaccord, c'est presque toujours sur cette frontière que porte le litige.
Vétusté : à la charge du propriétaire
- Peinture ternie ou jaunie après plusieurs années
- Moquette usée dans les zones de passage
- Joints de salle de bains noircis par le temps
- Petits trous de fixation refermés proprement
- Robinetterie entartrée malgré un entretien normal
- Volet roulant qui rend l'âme après quinze ans
Dégradation : à la charge du locataire
- Trou dans une cloison ou porte enfoncée
- Moquette brûlée, tachée ou déchirée
- Vitre brisée ou fissurée
- Murs repeints en couleur sans accord du bailleur
- Équipement cassé par mauvaise utilisation
- Logement rendu sale ou encombré d'affaires
Le cas particulier des charges en immeuble collectif
Si votre logement se trouve dans une copropriété, le bailleur ne connaît pas encore le montant exact des charges de l'année en cours au moment où vous partez : celui-ci ne sera arrêté qu'à l'approbation annuelle des comptes du syndic. La loi lui permet donc de conserver une provision plafonnée à 20 % du dépôt de garantie en attendant, à condition de restituer le reste dans le délai normal d'un ou deux mois.
Cette provision n'est pas un blanc-seing. La régularisation définitive doit intervenir dans le mois qui suit l'approbation des comptes de l'immeuble, justificatifs à l'appui. Et si vous vous mettez d'accord avec le bailleur pour solder les comptes de façon anticipée, il doit vous rendre l'intégralité du dépôt dans le délai standard.
Un exemple concret : pour un dépôt de 800 €, sans dégradation, le propriétaire doit vous verser au minimum 640 € dans le mois suivant la remise des clés, et il peut conserver 160 € au maximum jusqu'à l'arrêté des comptes de la copropriété. Retenir 400 € « en attendant les charges » n'est pas autorisé.
Retard de restitution : la pénalité de 10 % par mois
C'est la disposition que la plupart des locataires ignorent, et c'est la plus efficace. Lorsque le dépôt de garantie n'est pas restitué dans les délais, il est majoré d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque mois de retard commencé. « Commencé » est le mot important : un jour de retard sur un nouveau mois déclenche la totalité de la majoration.
Cette majoration est automatique : elle est due de plein droit, sans qu'il soit nécessaire de la réclamer, de démontrer un préjudice ou de saisir un juge au préalable. Elle s'applique sur le montant du dépôt qui aurait dû être restitué. Seule exception prévue par la loi : elle n'est pas due si le locataire n'a pas communiqué sa nouvelle adresse au bailleur, raison de plus pour l'écrire noir sur blanc, et pour en garder la preuve.
Un exemple chiffré. Loyer hors charges de 750 €, dépôt de garantie de 750 €, état des lieux de sortie conforme, clés remises le 10 mars. Le remboursement était dû au plus tard le 10 avril. Si le virement arrive le 25 juin, le retard couvre trois mois commencés : la majoration s'élève à 3 × 75 €, soit 225 €. Le propriétaire vous doit donc 975 € et non 750 €.
Les chiffres à retenir
Que faire si l'argent n'arrive pas : la marche à suivre
Quatre étapes, dans cet ordre. La plupart des dossiers se règlent dès la deuxième.
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1. Une relance amiable, par écrit
Un e-mail ou un courrier simple suffit pour ouvrir le dialogue, en rappelant la date de remise des clés et le délai applicable. Beaucoup de retards sont de simples oublis, surtout chez les particuliers qui gèrent eux-mêmes leur bien. Demandez au passage le décompte détaillé des éventuelles retenues.
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2. Une mise en demeure en recommandé
Sans réponse sous quinze jours, envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception. Rappelez l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989, la date exacte de remise des clés, le montant dû, et chiffrez explicitement la majoration de 10 % par mois de retard. Fixez un délai de réponse (huit à quinze jours) et joignez copie de l'état des lieux de sortie. Ce courrier constitue la preuve écrite indispensable pour la suite.
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3. La commission départementale de conciliation
Cette instance paritaire, gratuite et présente dans chaque département, est spécialisée dans les litiges locatifs. On la saisit par simple lettre, sans avocat, en joignant le bail, les deux états des lieux et vos courriers. Elle convoque les deux parties et rend un avis, souvent dans un délai de deux mois. Beaucoup de bailleurs préfèrent régler à ce stade plutôt que d'aller devant un juge.
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4. Le juge des contentieux de la protection
En dernier recours, ce juge du tribunal judiciaire est compétent pour les litiges locatifs, sans obligation de prendre un avocat. La demande se fait par requête. Vous disposez de trois ans à compter du jour où le dépôt aurait dû être restitué pour agir. Pensez aussi à vérifier si votre contrat d'assurance habitation ou votre carte bancaire comporte une protection juridique : elle prend souvent en charge ce type de démarche.
Le dépôt de garantie appartient au locataire dès le premier jour. Le propriétaire n'en est que le dépositaire, et il doit justifier chaque euro qu'il ne rend pas.
Questions fréquentes
Le délai part-il de l'état des lieux ou de la remise des clés ?
De la remise des clés au bailleur ou à son mandataire. Les deux ont souvent lieu le même jour, mais si vous avez rendu le trousseau après l'état des lieux, c'est cette date-là qui fait foi. Rendez toujours les clés en main propre contre récépissé daté ou par lettre recommandée, afin de pouvoir prouver le point de départ du délai.
Dépôt de garantie ou caution : quelle différence ?
Les deux mots sont couramment confondus. Le dépôt de garantie est la somme d'argent que vous versez à l'entrée dans les lieux, plafonnée à un mois de loyer hors charges en location vide et deux mois en meublé. La caution désigne la personne qui se porte garante de vos loyers, un parent, un proche ou un organisme comme Visale. Ce sont deux mécanismes indépendants.
Le propriétaire peut-il retenir de l'argent sans me fournir de justificatif ?
Non. Toute retenue doit être justifiée par des pièces : état des lieux d'entrée et de sortie faisant apparaître la différence, devis ou factures des réparations, décompte des loyers ou charges impayés. Un montant annoncé sans document ne vous engage pas : réclamez les justificatifs par écrit, et si rien ne vient, demandez la restitution intégrale du dépôt.
Que se passe-t-il si aucun état des lieux d'entrée n'a été fait ?
C'est très favorable au locataire. En l'absence d'état des lieux d'entrée, le logement est présumé avoir été reçu en bon état de réparations locatives, et il vous suffit de le rendre dans ce même état. Le propriétaire ne peut alors retenir de sommes pour dégradations qu'en apportant la preuve, très difficile à constituer, que celles-ci vous sont imputables. Le délai applicable est celui d'un mois.
Comment calculer précisément la pénalité de retard qui m'est due ?
Multipliez 10 % de votre loyer mensuel hors charges par le nombre de mois de retard commencés. Pour un loyer de 620 € hors charges avec deux mois et cinq jours de retard, cela fait trois mois commencés, soit 3 × 62 € = 186 € à ajouter au dépôt. Cette somme est due automatiquement, sans démarche préalable, sauf si vous n'avez pas communiqué votre nouvelle adresse au bailleur.
Ces règles s'appliquent-elles aussi à une location meublée ou étudiante ?
Oui, pour toute location constituant la résidence principale du locataire, meublée comme vide, y compris les baux mobilité et les colocations. Seule la hauteur du dépôt change : un mois de loyer hors charges maximum en location vide, deux mois en meublé. Les délais de restitution, la pénalité de 10 % et les règles sur les retenues sont identiques.
En résumé
Retenez trois repères et vous serez tranquille : un mois si l'état des lieux est conforme, deux mois s'il y a des dégradations, à compter de la remise des clés. Au-delà, chaque mois de retard commencé vous rapporte 10 % du loyer hors charges, automatiquement. Le reste est une affaire de traçabilité : rendez les clés contre récépissé, laissez votre nouvelle adresse par écrit, gardez une copie photographiée des deux états des lieux, et exigez un justificatif pour chaque euro retenu. Avec ces réflexes, une simple lettre recommandée suffit dans l'immense majorité des cas, et vous n'aurez jamais à pousser la porte d'un tribunal.