Le délai légal de présentation : 1 an et 8 jours

En France, un chèque doit être présenté à l'encaissement dans un délai de 1 an et 8 jours à compter de sa date d'émission, telle qu'inscrite sur le chèque lui-même. Ce délai est fixé par le Code monétaire et financier et s'applique à tous les chèques émis sur le territoire, quelle que soit la banque émettrice.

Concrètement, si un chèque est daté du 1er juillet 2025, le bénéficiaire dispose jusqu'au 9 juillet 2026 pour le remettre à l'encaissement auprès de sa propre banque, qui le transmettra ensuite à la banque de l'émetteur pour paiement. Pendant toute cette période, l'émetteur doit veiller à maintenir une provision suffisante sur son compte : la date figurant sur le chèque n'a aucune valeur d'expiration automatique de l'obligation de provisionner.

Chronologie complète d'un chèque en France

Trois moments clés séparent l'émission d'un chèque de sa prescription définitive.

Délai depuis l'émissionÉtapeCe qui est possible
0 à 1 an et 8 joursDélai de présentationEncaissement normal auprès de la banque, provision obligatoire chez l'émetteur
1 an et 8 jours à 2 ans et 8 jours (soit +1 an après la fin du délai de présentation)Délai de recoursLa banque peut refuser l'encaissement ; le bénéficiaire peut engager une action en justice contre l'émetteur
Au-delà de 2 ans et 8 joursChèque prescritPlus aucun recours possible via le droit cambiaire (le chèque lui-même)

Ces délais courent à partir de la date d'émission inscrite sur le chèque, et non de la date à laquelle il a été remis en main propre au bénéficiaire.

Que se passe-t-il après ce délai ?

Une fois le délai de 1 an et 8 jours dépassé, la banque du bénéficiaire n'est plus tenue d'encaisser le chèque et peut légitimement le refuser. Dans les faits, certaines banques continuent d'accepter l'encaissement par tolérance, notamment si le dépassement est de quelques jours seulement, mais rien ne les y oblige : un refus pur et simple est parfaitement légal.

Si le chèque est refusé, le bénéficiaire n'est pas totalement démuni : il entre alors dans une seconde période, le délai de recours, pendant laquelle il peut encore agir contre l'émetteur pour obtenir le paiement par une autre voie que le simple encaissement bancaire.

Le second délai : un an pour agir en justice

Passé le délai de présentation, le bénéficiaire dispose encore d'un an pour exercer ce qu'on appelle l'action cambiaire : un recours en paiement dirigé contre l'émetteur (et le cas échéant les autres signataires du chèque, comme un endosseur) devant le tribunal compétent. Ce recours vise à obtenir une condamnation au paiement de la somme, éventuellement assortie d'intérêts et de frais.

Ce délai d'un an court à partir de l'expiration du délai de présentation, et non à partir de la date d'émission du chèque. Il faut donc bien additionner les deux périodes pour obtenir la date de prescription définitive, soit environ 2 ans et 8 jours après l'émission du chèque.

Que faire si vous détenez un chèque proche de la prescription

Une marche à suivre simple pour ne pas perdre le bénéfice d'un chèque ancien.

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    1. Vérifiez la date d'émission inscrite sur le chèque

    C'est cette date, et non celle à laquelle vous l'avez reçu, qui fait courir le délai de 1 an et 8 jours.

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    2. Présentez-le à l'encaissement sans attendre

    Dès que vous avez un doute sur le délai restant, déposez le chèque auprès de votre banque plutôt que d'attendre : un jour de retard peut suffire à justifier un refus.

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    3. En cas de refus, contactez l'émetteur à l'amiable

    Un rappel amiable suffit souvent à obtenir un nouveau chèque ou un virement, surtout si le refus est purement lié au dépassement du délai bancaire et non à un défaut de provision.

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    4. Si le dialogue échoue, engagez un recours avant un an

    Passé le délai de présentation, il reste un an pour saisir la justice. Une mise en demeure écrite, envoyée en recommandé avec accusé de réception, est un préalable utile avant toute procédure.

Chèque définitivement prescrit : que reste-t-il possible ?

Une fois les deux délais écoulés, le chèque est définitivement prescrit au sens du droit cambiaire : il ne peut plus être présenté à l'encaissement, et l'action en paiement fondée sur le chèque lui-même n'est plus recevable devant un tribunal. Le titre a perdu toute valeur juridique en tant que tel.

Cela ne signifie pas nécessairement que la créance sous-jacente, c'est-à-dire la dette que le chèque était censé régler, par exemple une facture ou un prêt entre particuliers, a elle aussi disparu. Selon la nature de cette dette, il peut rester possible de la réclamer par une autre voie juridique (action en enrichissement sans cause, action de droit commun), dans les limites de la prescription applicable aux dettes en France, généralement plus longue que celle du chèque lui-même. Mieux vaut toutefois ne jamais compter sur cette option : elle suppose de prouver l'existence de la dette indépendamment du chèque, ce qui complique nettement la démarche.

Chèque prescrit vs. chèque simplement refusé par la banque

Deux situations à ne pas confondre, car elles n'offrent pas les mêmes recours.

Refusé pour dépassement du délai de présentation

  • Entre 1 an et 8 jours et 2 ans et 8 jours après l'émission
  • La banque refuse d'encaisser, mais le recours judiciaire reste ouvert
  • Une mise en demeure ou une action en justice peut encore aboutir
  • L'émetteur reste tenu de payer la somme due

Définitivement prescrit

  • Plus de 2 ans et 8 jours après l'émission
  • Aucun recours possible sur la base du chèque lui-même
  • Seule une créance sous-jacente prouvée par un autre moyen peut éventuellement subsister
  • L'émetteur n'a plus d'obligation liée au chèque en tant que titre

Ce que doit faire l'émetteur d'un chèque

Si vous avez émis un chèque et que vous constatez, plusieurs mois plus tard, qu'il n'a jamais été encaissé, la prudence recommande de continuer à provisionner le compte jusqu'à l'expiration du délai de présentation, plutôt que de considérer l'argent comme définitivement libéré. Un chèque peut resurgir à tout moment pendant ce délai, y compris en toute fin de période.

Vous ne pouvez pas faire opposition à un chèque simplement parce que vous avez changé d'avis ou que vous préféreriez ne plus le voir encaissé : la loi limite strictement les motifs d'opposition à la perte, au vol, à l'utilisation frauduleuse du chèque, ou au redressement/liquidation judiciaire du bénéficiaire. Une opposition abusive expose à des sanctions pénales.

Cas particuliers et erreurs fréquentes

Une confusion fréquente consiste à croire que la date figurant sur le chèque doit obligatoirement être celle du jour de signature : en pratique, un émetteur peut postdater un chèque, mais cette pratique n'a aucune valeur légale en France. Le bénéficiaire peut présenter le chèque à l'encaissement dès qu'il le reçoit, quelle que soit la date inscrite, et c'est cette date inscrite qui continuera à faire courir le délai de 1 an et 8 jours, pas la date réelle de remise.

Autre point de vigilance : un chèque sans provision suffisante au moment de sa présentation entraîne un rejet pour défaut de provision, avec des frais bancaires spécifiques et, en cas de récidive, une possible interdiction bancaire d'émettre des chèques. Cette situation est indépendante du délai de prescription évoqué ici, qui ne concerne que la durée de validité du titre lui-même. Si le chèque provient d'un règlement lié à un contrat de travail, notez que les modalités de paiement du solde de tout compte après un licenciement suivent des règles distinctes, à vérifier séparément.

En chiffres

1 an et 8 joursDélai légal pour présenter un chèque à l'encaissement
+1 anDélai de recours supplémentaire après le délai de présentation
~2 ans et 8 joursDurée totale avant prescription définitive du chèque
Le porteur perd son action contre les endosseurs, le tireur et les autres obligés, sauf celui qui a fait la provision, après l'expiration du délai d'un an à compter de l'expiration du délai de présentation.
, Principe issu du Code monétaire et financier (article L131-59)

Questions fréquentes

Puis-je encore encaisser un chèque juste après la fin du délai de 1 an et 8 jours ?

Légalement, la banque peut refuser. Certaines l'acceptent par tolérance en cas de dépassement minime, mais rien ne les y oblige : mieux vaut ne jamais compter sur cette souplesse et présenter le chèque bien avant l'échéance.

Le délai commence-t-il à la date d'émission ou à la date de réception du chèque ?

À la date d'émission inscrite sur le chèque, même si le bénéficiaire l'a reçu plus tard. Un chèque remis en retard dispose donc, dans les faits, de moins de temps pour être encaissé.

Que faire si l'émetteur refuse de payer un chèque prescrit dont je suis certain qu'il est dû ?

Le recours fondé sur le chèque lui-même n'est plus possible. Il faut alors examiner si la dette d'origine peut être réclamée par une autre voie juridique, dans les délais de prescription applicables à cette dette, ce qui nécessite généralement de consulter un professionnel du droit.

Un chèque de banque suit-il les mêmes délais qu'un chèque classique ?

Oui, le délai légal de présentation de 1 an et 8 jours s'applique également aux chèques de banque, même si ceux-ci sont réputés plus sûrs car garantis par l'établissement émetteur au moment de leur création.

En résumé

En résumé : un chèque doit être présenté à l'encaissement dans un délai de 1 an et 8 jours après son émission, puis le bénéficiaire dispose encore d'un an pour agir en justice si la banque refuse de l'encaisser. Passé environ 2 ans et 8 jours, le chèque est définitivement prescrit et ne peut plus être réclamé sur cette base. Que vous soyez émetteur ou bénéficiaire, le bon réflexe reste le même : noter la date d'émission, ne pas laisser traîner un chèque important, et agir rapidement dès qu'un doute apparaît sur le délai restant.