La règle des 2 mètres et 0,50 mètre

En France, la distance de plantation par rapport à la propriété voisine est fixée par l'article 671 du Code civil, qui distingue deux cas selon la hauteur que l'arbre atteindra à l'âge adulte, pas sa taille au moment de la plantation :

  • 2 mètres minimum de la ligne séparative pour les arbres, arbustes et haies dont la hauteur dépassera 2 mètres.
  • 0,50 mètre minimum pour les plantations qui resteront sous cette hauteur.

C'est donc la hauteur potentielle de l'espèce qui compte : planter un jeune chêne à 1 mètre de la clôture est déjà une infraction, même s'il ne mesure que 40 cm le jour de la plantation, car il dépassera inévitablement 2 mètres une fois adulte.

Ce que dit la loi selon la hauteur

Un repère rapide pour choisir l'emplacement avant de planter.

Hauteur adulte prévueDistance minimale de la limiteExemples d'essences
Plus de 2 m2 mètresChêne, érable, sapin, thuya, bambou non traçant
2 m ou moins0,50 mètreBuis, lavande arbustive, petit rosier tige, groseillier
Haie taillée régulièrement sous 2 m0,50 mètreLaurier, charmille ou thuya maintenus bas par taille
Arbre déjà présent depuis plus de 30 ansAucune obligation de retraitPrescription trentenaire acquise

Un règlement de lotissement, un usage local constant ou un accord écrit entre voisins peuvent fixer une distance différente et priment alors sur la règle du Code civil.

Comment bien mesurer la distance

La distance légale se calcule depuis le milieu du tronc de l'arbre jusqu'à la ligne exacte de séparation des deux propriétés, et non depuis la clôture, le grillage ou le mur qui la matérialise. Cette nuance compte : si la clôture n'est pas posée précisément sur la limite cadastrale, une mesure prise depuis elle peut être fausse de plusieurs dizaines de centimètres.

En cas de doute sur le tracé exact de la limite séparative, terrain récemment divisé, absence de bornage, litige de voisinage préexistant, il est conseillé de faire appel à un géomètre-expert pour un bornage contradictoire avant de planter, plutôt que de se fier à une estimation visuelle qui pourrait coûter cher plus tard.

Cas particuliers : haies, arbres fruitiers, alignements

Les haies mitoyennes, plantées à cheval sur la limite avec l'accord des deux propriétaires, échappent à la règle des distances puisqu'elles appartiennent en indivision aux deux voisins, qui en partagent l'entretien et les frais à parts égales.

Les arbres fruitiers suivent exactement la même règle générale de distance selon leur hauteur adulte, sauf s'ils sont conduits en espalier contre un mur, auquel cas ils sont assimilés à une plantation basse.

Les alignements d'arbres le long d'une voie publique relèvent en revanche du règlement de voirie de la commune et non du Code civil, avec des distances parfois différentes qu'il faut vérifier directement en mairie.

Si le projet de plantation s'accompagne d'un aménagement plus large du terrain, pensez à consulter les règles d'urbanisme applicables : un jardin composé d'essences indigènes adaptées au climat local limite d'ailleurs souvent naturellement les besoins d'arbres à grand développement près des limites.

Que faire en cas de désaccord avec le voisin

La loi prévoit une marche à suivre progressive, de l'amiable au judiciaire.

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    1. Vérifier la distance réelle et la hauteur adulte de l'essence

    Avant toute démarche, mesurer précisément la distance depuis le tronc jusqu'à la limite cadastrale et se renseigner sur la hauteur adulte typique de l'espèce plantée.

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    2. Privilégier une discussion amiable et une lettre

    Une simple discussion, ou à défaut une lettre recommandée décrivant la gêne et rappelant la règle légale, suffit souvent à obtenir un élagage ou un déplacement à l'amiable.

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    3. Solliciter un conciliateur de justice

    Ce service gratuit, disponible en mairie ou au tribunal, permet de trouver un accord sans passer par une procédure longue et coûteuse.

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    4. Saisir le tribunal judiciaire en dernier recours

    Le voisin gêné peut demander l'arrachage ou la réduction de l'arbre à la hauteur légale, sans avoir à prouver un préjudice particulier : le seul non-respect de la distance suffit, sauf prescription trentenaire.

En chiffres

2 mDistance minimale pour un arbre de plus de 2 m adulte
0,50 mDistance minimale pour une plantation basse
30 ansDurée pour acquérir la prescription et éviter l'arrachage
0 délaiLe voisin peut agir à tout moment avant la prescription
Les arbres, arbustes et arbrisseaux ne peuvent être plantés qu'à la distance prescrite par les règlements particuliers actuellement existants, ou par des usages constants et reconnus.
, Article 671 du Code civil

Questions fréquentes

Le voisin peut-il couper lui-même les branches qui dépassent chez lui ?

Non : le voisin gêné par des branches qui avancent sur son terrain ne peut pas les couper lui-même, même si elles empiètent clairement. Il doit demander au propriétaire de l'arbre de procéder à la coupe, et peut saisir la justice en cas de refus. En revanche, les racines, ronces et brindilles qui avancent chez lui peuvent être coupées directement à la limite de propriété, sans autorisation préalable.

Que faire si l'arbre était déjà planté trop près quand j'ai acheté ma maison ?

La règle de distance s'applique quel que soit le moment de la plantation : un voisin gêné peut demander le respect de la distance légale même pour un arbre planté avant votre achat, sauf si celui-ci est en place depuis plus de 30 ans au même endroit, ce qui lui confère une prescription acquisitive protégeant définitivement son maintien.

Les distances légales s'appliquent-elles aussi aux bacs et jardinières sur une terrasse ?

Non, la règle des distances de plantation concerne les végétaux enracinés en pleine terre. Un arbre en bac ou en jardinière sur une terrasse ou un balcon n'y est pas soumis, même si le bon sens invite à limiter la gêne visuelle ou l'ombre portée sur la propriété voisine.

En résumé

Planter un arbre sans souci futur tient finalement à un réflexe simple : anticiper sa hauteur adulte, pas sa taille du jour, et mesurer la distance depuis la véritable limite de propriété plutôt que depuis la clôture. Avec 2 mètres pour les grands sujets et 0,50 mètre pour les plantations basses, la règle du Code civil laisse largement de quoi composer un jardin généreux tout en préservant une bonne entente durable avec le voisinage.